
Chaque mois, Sophie Forte écrit une rubrique sur la famille pour le journal Côté mômes.
Cet été, je suis partie sur une île grecque avec mon mari et nos trois enfants. Je n’avais qu’une seule idée en tête : Enfin me détendre. J’avais même tellement peur de ne pas réussir à me détendre que j’en étais totalement tendue.
C’est donc dents serrées et orteils crispés que j’ai débarqué sur cette magnifique plage de sable blanc. Heureusement, j’étais munie de mon journal féminin préféré avec à l’intérieur le supplément érotique. Rien de tel pour se relaxer.
Après une installation fastidieuse qui aurait nécessité l’aide de deux déménageurs, mon mari, épuisé, s’est enfui sous un arbre pour dormir. Et moi, évidemment, je me suis occupée des enfants. La première chose à faire est de réussir à les enduire de crème avant qu’ils ne s’échappent.
C’est à ce moment-là que j’ai fait cette consternante découverte : la crème format familial protection 200 que je venais d’acheter était de couleur bleue. Sans doute pour mieux repérer les endroits où l’on a oublié d’en mettre. Et donc très vite, n’ayant rien d’autre sous la main pour protéger leurs blanches peaux, j’ai transformé mes adorables bambins en schtroumpfs, sous les regards surpris de nos voisins de serviettes.
Au moins j’espérais les repérer plus facilement, la nature ne m’ayant malheureusement pas dotée de trois yeux pour regarder en même temps à droite, au centre et à gauche. J’avais même du mal à garder les deux miens ouverts à cause de la chaleur qui m’anesthésiait. Théo, qui sait nager, est parti avec son matelas gonflable, Nina a tenté de le suivre avec ses brassards et la petite Tillou a tout de suite trouvé une copine pour jouer dans le sable, la barrière de la langue ne faisant pas encore obstacle à dix -huit mois.
Je regrettais de ne pas avoir un quatrième œil pour regarder mon magasine, quand Tillou est revenue avec un sceau, aussitôt suivie par la petite grecque
qui imitait parfaitement le bruit d’une sirène d’alarme. Elle tenta de récupérer son bien, mais Tillou s’accrochait à ce sceau comme si sa vie en dépendait et
donnait de violents coups de pieds à la propriétaire. Une mère a accouru et a commencé à me dire des trucs grecs avec des yeux noirs et une bouche curieusement tordue.
Je tentais de faire diversion avec de pauvres bonbons collés à leurs papiers lorsque Théo est arrivé en hurlant. Son matelas lui avait échappé et partait au large. Je lui ai confié les bonbons, Tillou, le sceau et les deux grecques et j’ai foncé à l’eau, mais Nina, qui barbotait toujours là où elle avait pied, a décidé en me voyant de me suivre.
Elle s’est mise à nager le plus vite possible et à bu la tasse. Sa figure est devenue violette, elle pleurait en crachant de l’eau, et j’ai dû laisser le matelas s’éloigner pour la prendre dans mes bras, ce qui a fait hurler Théo de plus belle.
Ne sachant plus que faire, je me suis mise à hurler moi aussi, et c’est à ce moment là que mon mari est revenu. Il a vociféré :
Ha bravo ! Tu les surveilles deux minutes et voilà le résultat ! On peut vraiment pas se détendre alors, hein !
Ha, ce mot ! Il me rappelait pourquoi j’étais initialement venue sur cette plage.
Et à part quelques rares moments d’isolement aquatiques, je dois avouer que la détente totale fut rare durant ces vacances. J’aurais pu éventuellement lire le supplément érotique pendant la sieste des enfants, mais il me tombait systématiquement des mains tant j’étais épuisée.
Je l’ai finalement lu dans l’avion du retour. Ça disait : « Allongez vous sur le sable. Fermez les yeux, ne pensez plus à rien et laissez votre homme faire des dessins sur votre ventre avec le sable chaud ». C’est pas grave, je l’ai gardé dans un tiroir. On essaiera dans quinze ans, quand les enfants partiront de leur côté et avant qu’ils ne nous donnent les leurs à garder pour les vacances…